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14 09 2015

Yervant Gianikian & Angela Ricci Lucchi : rétrospective au Centre Pompidou

Du 25 septembre au 15 novembre 2015 le Centre Pompidou présente, pour la première fois en France, une rétrospective intégrale des films et installations des artistes italiens Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi, qui viennent de recevoir un Lion d’or à la Biennale de Venise.  Un couple de cinéastes pour une œuvre à nulle pareille. Angela Ricci Lucchi commence sa carrière en tant que peintre, tandis que Yervant Gianikian, diplômé en architecture, s’essaye à la réalisation d’œuvres artistiques à partir d’objets trouvés. Suite à leur rencontre en 1972, leurs intérêts se concentrent sur le cinéma, qu’ils abordent de façon tout à fait originale. Ils mettent tout d’abord en scène leurs collections d’objets personnels, accompagnant ces courts métrages muets de bande olfactive. Ils réalisent ainsi, de 1975 à 1978, près d’une vingtaine de films dont Alice profumata di rose (1975), Cesare Lombroso – sull’odore del garofano (1976), Cataloghi – non è altro che gli odori chi sente (1976)… À partir du début des années 80, ils réorientent leur travail et s’emploient dorénavant à retrouver de vieilles pellicules en perdition, dont ils isolent, déchiffrent, restaurent, re-filment, ralentissent, dupliquent, montent, colorent et sonorisent certains fragments. Ils réalisent ainsi de nouveaux films d’une poésie et d’une intensité rarement égalées. Ces travaux ne sont pas non plus, loin s’en faut, dénués d’un esprit militant. Ces échos revisités de documentaires et fictions du début du siècle dénoncent tour à tour la pornographie (Essence d’absinthe, 1981), l’endoctrinement religieux (Passion, 1988), le colonialisme (Dal polo all’equatore, 1986 ; Diario africano, 1994), la guerre (Uomini, anni, vita, 1990 ; Prigionieri della guerra, 1995 ; Su tutte le vette è pace, 1998), les perversions du national-socialisme (Das lied von der erde : Gustav Mahler, 1982) et du fascisme italien (Archivi italiani (n.1) : il fiore della razza, 1991 ; Animali criminali, 1994 ; Lo Specchio di Diana, 1996), ou encore la situation en ex-Yougoslavie (Inventario Balcanico, 2000). Ces œuvres, uniques en leur genre, proposent une expression fascinante d’un refus de l’oubli et de la disparition auxquels semblent inéluctablement confrontées les archives cinématographiques.
Dans le cadre du Festival d’Automne.
http://www.festival-automne.com/edition-2015/yervant-gianikian-et-angela-ricci-lucchi-retrospective-integrale-exposition-installations
Voilà maintenant quarante ans que les artistes italiens Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi traversent le monde et embrassent le siècle depuis leur atelier milanais qui a tout d’un laboratoire d’alchimiste. Les images qu’ils nous envoient régulièrement, films, vidéos et installations, sont bien plus que des nouvelles : ce sont des révélations. À partir de documents d’archives aussi bien que de films amateurs de la première moitié du XXe siècle, dénichés et collectés précieusement, ils recadrent, déplacent, resserrent, colorisent, ralentissent. Libérées du regard et de l’idéologie de leurs auteurs, désaliénées, les images de notre passé font retour mais autrement, comme si nous les voyions pour la première fois.  Les artisans de cette révélation ont pris pleinement acte de la révolution opérée par le cinéma et ses dérivés, qui se sont imposés en arts de notre temps. Avec eux, le siècle devient simultanément vécu, filmé et regardé. Ses images persistent et reviennent. À travers la colonisation, le fascisme, l’impérialisme ou la guerre, les artistes créent une continuité inédite entre passé, présent et futur. Mystérieusement, par un effet duel de ce sortilège, le temps retrouvé fait à nouveau histoire tout comme ses images font poème, rendues à leur liberté sauvage et à leur pouvoir de sidération. À l’invitation du Centre Pompidou et dans le cadre du Festival d’Automne, Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi présentent la rétrospective intégrale de leurs cinquante films et un inédit commandé pour l’occasion, avec une exposition consacrée à leurs installations, la première en France après la Biennale de Venise, le MoMA de New York ou le Hangar Bicocca à Milan.

Yervant Gianikian & Angela Ricci Lucchi : rétrospective au Centre Pompidou